Présidentielle 2017 : destination Macron

C'est le 1er avril et pourtant, et pourtant, ce dernier sondage d'Odoxa va encore faire bouger les lignes. Hamon n'est plus qu'à 8%, à seulement 3 points derrière il y a Dupond Aignan, autant dire que la campagne du vainqueur de la primaire est un désastre. Il a demandé à Mélenchon de se rallier mais au train où il va, on s'attend à ce que Hamon disparaisse à tout moment de la campagne jetant le PS au fond du trou.
Ceci n'est pas un poisson d'avril
Dans 3 semaines nous serons devant nos bulletins de vote, nous ne pouvons pas nous contenter de faire un choix uniquement sur le profil du candidat ou d'une dynamique. Cela fait longtemps que nous attendons une recomposition de la scène politique nationale, mais que chaque fois l'alternance gauche droite a fonctionné alors même que certains clivages se sont fortement déplacés. Le 23 avril, une possibilité nous est offerte d'amener au deuxième tour 2 des 4 candidats qui se détachent des autres pour 6 possibilités :
  1. Macron / Le Pen - pour le moment la plus probable
  2. Le Pen /Fillon - alors là la faute à pas de chance #1
  3. Macron / Fillon - la faute à pas de chance #2
  4. Le Pen / Mélenchon - une option qui renforce mon choix de ne plus m'abstenir au 1er tour - possible si Hamon jette l'éponge ou s'allie ?
  5. Macron / Mélenchon - mon choix préféré -la faute à Mélenchon et à pas de chance #3
  6. Mélenchon / Fillon - l'improbable
Nous pouvons nous abstenir, cela est un choix et une expression, nous pouvons aussi décider de regarder les programmes de chaque candidat, leur vision de la France, leur vision de la société.
Lundi 3 avril, la campagne officielle débute et le temps de parole des candidats à l'antenne va être décompté de manière égalitaire. Nous entendrons donc aussi bien Jean Lasalle que Nicolas Poutou ou Jean-Luc Mélenchon que Fillon, que Hamon et Macron... cela peut changer la donne et faire monter un petit candidat mais pas à entrer dans le top 4. Je me suis donc enfin décidé à la fois par élimination et en même temps en me rapprochant des valeurs auxquelles je tiens.
Les points de fractures politiques se retrouvent sur trois thèmes essentiels l'Europe/International, la Société et l'Economie.
J'ai mis du temps à vraiment m'intéresser à la campagne, faute évidemment de programme, faute de mise en perspective. J'avais plutôt en tête une position d'abstentionniste, d'être donc un électeur en puissance et d'user de mon pouvoir de ne pas voter, exprimer mon rejet de cette élection présidentielle suivie d'une législative et maintenant à chaque fois d'une forme de cohabitation mal gérée.
Mais les sondages, puis les positions des uns et des autres ont fini par me faire plier. Mais la raison essentielle de mon choix, c'est l'élection de Donald Trump, c'est le Brexit, plus précisément les premières mesures prises, les premières conséquences sur l'environnement, sur aussi les flux migratoires, sur la désignation de boucs émissaires, et souvent les plus pauvres que l'élection de Trump a entraîné.
Sous Sarkozy la tension était déjà suffisamment forte, ce n'est pas aujourd'hui que je vais laisser un Le Pen accéder au pouvoir et à nouveau voir la France se déchirer.
Je me suis tout d'abord intéressé à Jean Lassalle, mais si le personnage m'est sympathique, si la défense des ruraux et des défavorisés dont il s'est fait le héraut par une longue marche entre Mao et les Pyrénées, alors son programme, lui, est trop orienté vers le retour à un passé, une nostalgie de la France alors que l'on attend une projection vers l'avenir. Il semble faire comme beaucoup, nier la complexité, nier que dans la complexité la part d'incertitude est forte et qu'il faut faire avec. Quelques grands points peu développés et un livre "Un Berger à l'Elysée" sympa à lire mais qui manque d'élan pour construire la suite. J'aurai aimé qu'il soit le candidat pour un vote blanc, oui cela aurait eu du sens. Pour info http://jeanlassalle2017.fr/le-projet-de-jean-lassalle/
Ensuite j'ai parcouru les programmes de Mélenchon, je rejoins très profondément l'idée que la Vème est en panne, à bout, et que la mise en place d'une VIème République est plus que nécessaire et qu'une des conditions de la réussite passe aussi par une concertation avec les citoyens et par une ou des propositions soumises aux votes de l'ensemble des citoyens.
Par contre pour le reste, je ne peux pas donner mon blanc seing à celui qui se positionne sur le marché électoral comme un "Insoumis", une version française des "Indignés" dont il s'est largement inspiré, mais aussi comme un Robespierre des temps modernes, se voulant intransigeant, bref, de gros doutes.
Enfin je ne partage pas la vision et ses choix en terme de politique européenne, je ne crois pas à l'isolationnisme porté par Trump, je n'y crois pas non plus pour la France.
Je vous passe Le Pen (sur l'Europe voir au-dessus), je sais que beaucoup y expriment aussi leur colère et que d'autres y trouvent une solution aux maux de notre société par un retour au passé. Sortir de l'Euro très peu pour moi, mettre au pouvoir un parti familial, avoir l'extrême droite à la présidence de la France, c'est mettre Vichy au rang des résistants, c'est la révolution française, les droits de l'homme et l'intelligence qui sont jetés aux orties.
Le programme de Fillon lui amène à se poser des questions, il faut lui reconnaître le bon sens de parler du déficit de la France et des dépenses publiques. Par contre son image est tellement écornée, sa crédibilité tellement atteinte, qu'il semble en incapacité à mener des réformes sans cristalliser des oppositions stériles mais bien réelles qui peuvent l'amener dans une situation de blocage rapide.

https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emmanuel-Macron.pdf
D'autant, que, et oui, Macron a pris le leadership dans les sondages. Cela ne fait pas de lui un président, loin de là, mais il a déjà montré sa capacité à endosser le costume malgré ses quelques erreurs, mais c'est bien parce que ce n'est pas un habitué, c'est bien parce qu'il est encore jeune, qu'il a cette tolérance qui l'entoure.
Son programme répond mieux au projet d'une sociale démocratie, il intègre la nécessaire réforme institutionnelle mais en voulant la préparer, car la priorité après la l'éducation et la culture c'est l'emploi, la réduction du chômage, et in fine c'est assumer l'entrée dans le 21ème siècle, d'assumer la France en Europe et dans le monde.
J'ai particulièrement aimé l'équilibre, la recherche de l'équilibre entre les mesures facilitant entrepreneuriat et la fluidification du marché du travail en ouvrant le chômage aux démissionnaires à ceux qui veulent quitter un emploi (cela induit souvent des conflits dans les entreprises qui nuisent à la fois à l'employé et à l'entrepreneur) mais ne le peuvent pas faute d'assurance chômage. De même réduire l'examen des demandeurs d'asile à 6 mois induit une meilleure (mais incomplète) prise en compte du défi auquel nous devons faire face lors d'afflux de réfugiés pour éviter que le nombre de sans-papiers explose.
Comme dans tous les programmes certains points sont difficiles à appréhender, ainsi la suppression de la taxe d'habitation si elle est utile pour le pouvoir d'achat de nombre de ménages, entraîne aussi de facto une menace sur l'autonomie fiscale des communes, il y a là un sujet d'incertitude car la mesure fera forcément l'objet de négociations avec les maires de France.
Enfin l'un des points les plus importants c'est nécessairement la réduction des déficits, la réduction de notre pays à la dette. Nous avons déjà trop attendu, notre indépendance, notre souveraineté passe par un nécessaire équilibre des comptes. Un certain nombre de mesures combinées peuvent nous permettre de sortir de l'impasse dans laquelle beaucoup de pays sont entrés. Si nous ne faisons rien à la fin ce sont les plus pauvres qui paient, par plus de pauvreté, moins d'éducation et moins de démocratie, le prix fort, cela a toujours été le cas, au Venezuela, à Cuba, en Russie, aux USA (subprimes) et en Grèce. Alors ceux qui prônent la sortie de l'€uro et de l'Europe pour ne pas rembourser nos dettes, oublient un peu vite que nous avons cherché un système monétaire stable justement pour ne plus subir des attaques sur le Franc, que nous avions engagé une politique de Franc fort sans mener suffisamment les réformes pour que notre économie soit structurellement bénéficiaire, or cela passe par les exportations et une balance commerciale à minima équilibrée. Monter les droits de douane aura un impact immédiat sur le pouvoir d'achat des ménages alors que mener une stratégie de développement permet à la fois de rendre nos entreprises compétitives et de faire progresser notre pouvoir d'achat. Evidemment comme tout je ne suis certain de rien, personne ne peut l'être, mais ma conviction est faite, se couper du monde c'est comme vouloir rester dans sa chambre quand le reste de la famille partage le même habitat, c'est sympa de temps en temps mais à la longue...



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