Face au FN, premier parti anti-islamiste de France

Un mois après la mobilisation sans précédent des français face au terrorisme, j'ai trouvé dans ma boite aux lettres, une affreuse affiche du parti de Marine le Pen, que dis je un tract de propagande anti-islamiste dans le pur jus des propagandes de l'avant guerre.

Au départ, je me suis dit, bon je vais rentrer dans le lard du FN, ça va me faire du bien. Et puis j'ai tourné et retourné la rédaction de cet article dans tous les sens. J'ai repassé des discussions, des
lectures, des chroniques en revue. Trop de mots employés pour dénoncer, pour réagir par l'émotion, et finalement tomber dans le piège habituellement tendu par l'extrême droite des Le Pen. J'ai insidieusement pensé à l'ouvrage de Jonanthan Litell, "Les Bienveillantes" d'un allemand emporté dans l'horreur. J'ai imaginé que nous étions un peu ces allemands là, faisant face à la montée d'un phénomène nouveau, eux le nazisme, nous de notre extrême droite, et que dans ce flot, à un moment, il faille juste avancer pour vivre. Ce moment là, il nous faut y échapper, et il nous faut donc dire, écrire ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas.

Alès, dimanche 11 janvier 2015

Le silence, se taire, serait aussi leur donné raison. Faire croire que ce qu'ils ont dit est vrai puisqu'il l'ont écrit. Car ils utilisent des morceaux de vérité pour faire croire que les français sont des victimes, alors qu'ils ne le font que pour accéder au pouvoir et se le partager en famille, les expériences frontistes ont à chaque fois tourné en échec cuisant des valeurs de la République.

Revenons en au tract en question, tract complètement anti-islamiste, pas contre le terrorisme, non contre l'islam ce qui est fondamentalement différent.

L'islam est une religion, par extension l'islamisme est ce qui regroupe la doctrine islamique, comme le catholicisme pour la doctrine catholique et le judaïsme pour la doctrine judaïque. L'islamisme vise à développer la religion de l'islam, et s'inscrit dans la lignée des évangiles à délivrer un message de paix car l'islam est miséricorde, et n'appelle donc, normalement, pas à la violence. C'est essentiel, en particulier dans notre société laïque car l'islam en tant que tel n'est pas une menace, et bénéficie donc de la liberté de "croyance", principe fondamental de la laïcité. Cela n'empêche pas, au contraire, les caricatures, le sens critique et l'opposition aux faits religieux, et en particulier aux dérives qui conduisent au port de la burqa et à l'exclusion des femmes.

Affiche FN 02-2015
Le Front National dans le tract ci -contre joue donc un jeu plus que dangereux, puisqu'il met en exergue un péril islamiste, alors même que ce n'est pas l'islam qui est en cause mais la dérive de groupuscules politiques qui utilisent et dévoient une religion à des fins de conquêtes de pouvoir.
Graphiquement, le mélange est simple, couleur verte en référence à l'islam, ombres de "djihadistes" armés de lances-roquettes ou autres armes de guerre, et pour bien montrer le danger, une France entourée par cette armée menaçant notre territoire et tout ce que notre imaginaire veut bien y voir. Clairement, le FN joue sur les peurs, et profite de l’amalgame islam = terrorisme pour faire campagne.

Bref, propagande premier cri, dans la plus abjecte tradition des droites et de Vichy... La preuve par l'exemple...
(Le tract est téléchargeable sur le site du FN :
http://www.frontnational.com/telecharger/tracts/TRACT_A4_%20djihadistes_HD_FU.pdf)

Affiche de propagande 2nd guerre mondiale
Et voici deux affiches de propagande réalisées pendant la seconde guerre mondiale. L'antisémitisme est fort, et les propagandes anti-juif sont violentes. Cette première affiche illustre une forme de théorie du complot, de grandes puissances, et l'influence derrière du juif.

On le voit, cette affiche doit remonter à l'époque du gouvernement de Vichy.Les trois drapeaux alliés contre l'Allemagne nazi, et une propagande qui vise à expliquer pourquoi si l'Allemagne veut gagner la guerre il faut s'attaquer au juif.

L'étoile jaune, signe distinctif obligatoire y est affichée, l'homme est d'apparence méchante, bref tous les codes de propagande sont mis en place.

La deuxième affiche reprend des poncifs du genre, à nouveau, les "malheurs" ne sont pas le faits de bons français mais des forces juives qui les manipulent.

Affiche de propagande 2nd guerre mondiale
Il nous faut comprendre comment et pourquoi ces événements se sont produits.

Ces gens là ne sont pas fous, ils ont basculé dans une idéologie, d'autres l'ont fait avant, d'autres le feront après.

D'ailleurs, bien souvent, chacun trouve une justification réconfortante. Voyez-vous, Merah a tué une jeune fille à bout touchant, comme les nazis, parce que juive. Certains verront là l'occasion de montrer les dérives de l'islam, la présence d'un ennemi intérieur qu'il faut chasser à tout prix. Est-ce compréhensible ? Oui, car il n'y a point de folie, il n'y a là qu'embrigadement, dérive sectaire donnant un autre sens à la vie, celui de mourir en martyr pour une cause et finalement la cause qui s'est intéressée à lui. Car c'est bien de cela dont il s'agit, de l'intérêt que les uns et les autres se portent et reçoivent. Il suffit à force de campagne de dénigrer pour obtenir, au début, un consentement passif, C'est pour cela qu'il nous faut plus qu'avant encore être exigeant, pour que nos enfants ne deviennent pas des "Merah" de l'extrême droite.

Alors au quotidien comment fait-on ?
On fait comme on peut, mais surtout on ne fustige pas. D'abord, il faut du temps, il faut contextualiser. Sans contexte tout perd son sens.
Il faut donc expliquer les différences, s'attacher à redéfinir le vocabulaire, le sens des mots joue là un rôle important. Il ne faut pas éluder les théories de complots, les tous pourris, l'anti-islamisme et l'antisémitisme. Il est plus facile de désigner l'ennemi en surfant sur les peurs, surtout quand le tissu social est à ce point abîmé. Il faut donc remailler le territoire dans l'accompagnement des personnes en difficultés et là aussi ne pas se voiler la face, rien n'est simple. Il faut écouter, et parler vrai.

A chaque fois il faut, aussi, faire la part des choses. Prenons l'antisémitisme aujourd'hui, Peut on le comparer à celui du 19 ou 20ème siècles ? Certainement pas, même si une culture antisémite existe, les contextes ont évolué.

La question de l'antisémitisme dans le 21 siècle
En effet l'antisémitisme du 21ème siècle joue sur les confusions entre le conflit israelo-palestinien, qui sert à justifier une haine contre toute personne de religion juive. Il est vrai que l'histoire pour les nouvelles générations n'a pas le sens qu'il a pour nombre d'entre nous qui avons encore entendu les témoignages des rescapés de camps ou survivants de la guerre. La Shoah n'a plus la même réalité, et les 6 millions de juifs exterminés parce que simplement juifs, ressemble de plus en plus, c'est terrible à écrire, à une abstraction, alors même que ce fut la pire des abjections que l'humanité ait vécu.
Comparer les horreurs de la guerre à la Shoah n'a pas de sens mais c'est bien là dessus que repose aujourd'hui une partie de l'antisémitisme. Ensuite des siècles de bêtises humaines remontent de toutes parts et les théories du complot international offrent à tous l'opportunité de développer des thèses fumeuses.
Alès, 11 janvier 2015


Les valeurs de la République
J'ai longtemps pensé que les valeurs de la République étaient tombées. Elles le sont, pas du fait des français mais par la politique politicienne, les affaires, et quand même les élections qui sont devenues au niveau national un marketing qui ne peut pas tenir ses promesses.
Mais il y a une demande de République qui est forte. Liberté, Egalité, Fraternité. Ces valeurs sont de tout temps et en permanence menacées.
L'attentat à Charlie Hebdo a entraîné le report ou l'annulation de manifestations autour du dessin de presse à Caen, et dans d'autres conditions. Cela n'est pas acceptable. Nous ne pouvons pas nous refermer, même si la peur est là. Car céder à la peur c'est donner raison à ceux qui veulent nous terroriser. C'est aussi donner raison à ceux qui disent que nous ne sommes plus maîtres chez nous. C'est inacceptable. La République n'est pas compatible avec le principe de précaution, le zéro risque, elle est au contraire, le chaudron dans lequel se constitue une potion magique. Le chaudron ne bout plus, en tout cas plus assez.

Dans ce débat contre le racisme, l'antisémitisme, l'anti-islamisme et contre le terrorisme il me reste deux idées à partager qui sont essentielles. D'une part la question des prisons et des peines d'emprisonnement doit être posée car c'est un élément clé pour les populations, d'autre part la politique nationale doit se décider à partir des expériences locales et pas par la création de lois décidées dans le feu de l'émotion.

Les Prisons pour des hommes pas pour des bêtes
Si l'exigence dans la justice est nécessaire, elle doit l'être aussi pour nos prisons. Trop de personnes en France et dans le Monde estiment que la prison est une sinécure pour les condamnés. C'est surtout, trop souvent, un désastre humain, un échec de la sanction, un lieu qui n'est plus, aujourd'hui dans certains cas, sous l'autorité de l'état, un lieu qui permet de continuer trafics et prosélytisme religieux. Cela devrait nous amener à réfléchir à qui doit aller en prison et ce que doit être sa peine, et comment amener la personne à ne pas récidiver dans le futur.
Il faut évidemment investir dans les prisons en terme de sécurité, sinon à quoi bon mettre les gens en prisons s'ils peuvent continuer leurs trafics... mais aussi en terme d'accompagnement pour améliorer encore les ré-insertions. L'objectif est double : montrer que les sanctions existent et que la prison a une utilité sociale de ré-insertion et que la sanction au final est efficace.

Penser global, lutter local
Aux grands principes républicains, certains diront de la pensée unique, il faut ajouter une action qui soit locale. Car finalement ceux qui sont confrontés au quotidien avec ces problématiques sont les citoyens.
Pour cela il est nécessaire de trouver un équilibre entre sécurité, prévention et éducation.
La sécurité passe bien sûr par des forces de police suffisamment dotées en moyens et informations pour mener les enquêtes et arrestations. Mais la meilleure sécurité au final c'est la résorption du chômage et de la précarité.
Localement, c'est aussi par le dialogue et une présence des élus dans les quartiers difficiles qui permettra de définir des solutions locales, venant du terrain et non pas de grands projets annoncés à coups de milliards qui ne tombent jamais. L'état doit donc mettre en place les moyens nécessaires pour co-financer les projets locaux par appels à projets et non par une simple définition de zones prioritaires (qui répondent elle-mêmes à des définitions précises), ce critère ne devant être qu'un critère de priorisation pour les financements.

La liste pourrait être longue, elle ne m'appartient pas elle se trouve dans la richesse de notre pays et dans les initiatives locales, citoyennes, politiques, associatives, entrepreneuriales, culturelles.... Mais pour cela il nous faut un terreau fertile qui fasse fi des entraves de nos peurs, les réelles et les supposées, qui nous ouvre l'esprit vers l'autre, et nous permette de fortifier encore nos idéaux républicains, droits de l'homme en tête, comme valeur universelle de l'égalité entre les hommes et les femmes.

J'avais envie dans cet article de citer Primo Lévi, qu'il faut lire, relire et faire lire, témoignage de ce qu'i advint des hommes et femmes dans les camps de concentration.
Alors pour conclure "Si c'est un homme" :

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue
Qui ne connait pas de repos
Qui se bat pour un quignon de pain
Qui meurt pour un oui pour un non
Considérez si c'est une femme
Que celle qui perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant;
Répétez le à vos enfants.
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

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