Jeux vidéo : les jeux de guerre en question.

Malheureusement c'est à peine surpris que j'ai pu lire l'article du Daily Geek show "Electronic Arts s'associe à des vendeurs d'armes pour la promotion de Medal of Honor". Medal of Honor fait parti de ces jeux de guerre virtuelle (tels Call of Duty, Battlefield) aux détails de plus en plus ressemblants avec une certaine réalité, celle de la guerre urbaine.

Ces jeux sont soumis en général à un affichage qui précise qu'ils sont destinés à un public averti, en général, mon commandant, aux +16 ans, voire au +18 ans. Mais cet affichage est évidemment virtuel puisque personne ne contrôle que la vente se fait à destination des adultes consentants. Les parents se trouvent pris, eux,  face au phénomène classique du bombardement publicitaire qui cible les fans de jeux qui sont en majorité des adolescents et de jeunes adultes (cf. mon billet de l'an dernier sur Call of Duty). Au mieux, face à la pression, les parents cèdent en connaissance de cause.

Les sociétés de jeu franchissent donc une nouvelle étape en intégrant de la publicité de marchands d'armes dans leur scénario. En effet, il faut écouter les ados parler de ces jeux, en détail les armes utilisées pour égorger ou shooter l'ennemi, puis ensuite parler armes tout court. Une certaine fascination se dégage, les marchands l'auront vite compris. Pas étonnant que cela se déroule aux Etats-Unis, mais beaucoup plus surprenant que personne n'y est à redire en Europe. 

Evidemment tout cela nous amène aux mass killer ou mass murder, ces types pas vraiment frais dans leurs têtes qui un jour ou l'autre passent à l'action, pistolets chargés à bloc pour devenir l'espace d'un jour les héros de leur propre cause. 

Ce phénomène qui tend à se développer bénéficie d'un environnement favorable. 
D'une part par la médiatisation qui est faite autour de ces drames. Dans une société ou l'ego et le surmoi se développent pour exister, la presse joue un rôle prépondérant dans la résonance qu'elle donne à un déséquilibré ou un fanatique. L'exemple de la tuerie de Toulouse est révélateur de ce phénomène. Le nom du tueur a été cité sans arrêt, matin, midi et soir. Lui donnant une "aura" médiatique supérieure à celle de ces victimes. Il y possède une entrée dans Wikipédia, des vidéos sur Youtube et un peu plus de 30 millions d'entrées sur Google. Pour une frange de la jeunesse il est un héros. Une vidéo non diffusée sur internet et que j'ai pu voir montre un jeune de 12 ou 13 ans à peine, insultant les policiers qui l'ont arrêté, et faisant l'apologie du tueur de Toulouse et de son exploit, le tout agrémenté de propos racistes et évidemment antisémites. 
D'autre part l'accès aux armes est de plus en plus facile. Si aux Etats-Unis ce sont les Etats qui permettent à chacun de posséder une arme, l'Europe est une passoire pour le trafic d'armes, armes venues des pays de l'est et du centre de l'Europe et de la Russie. (cf. : http://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/crgn/Recherche/Etudes-et-Travaux/Travaux/Le-trafic-d-armes-legeres-a-partir-de-l-Europe-centrale-et-orientale-et-des-Balkans-Jean-Charles-ANTOINE-24.10.2009)

Si l'environnement est favorable le passage à l'acte n'est heureusement pas généralisé. Néanmoins les jeux de guerre amènent à se poser trois questions.

La première concerne la banalisation des scènes de guerre. Dans le flot d'images quotidiennes, la différence entre le jeu et la réalité est de plus en plus ténu. On peut le voir sur les deux images ci-dessous. En haut, une photographie prise par un photographe, en chair et en os, qui risque sa vie pour  témoigner de ce qui se passe à Alep. Une révolution, une guerre civile qui entraîne son lot de victimes. En bas, une image issue du jeu Battlefield (concurrent ou complément de Medal of Honor ou de Call of Duty). Le réalisme est étonnant. la différence ? Dans l'un nous sommes témoins, dans le second acteur d'un jeu qui banalise la guerre. Pour le reste mêmes armes, mêmes scènes de guerre, etc.

Photo réelle - ALEP  REUTERS/Goran Tomasevic

Image issue du jeu Battlefield

La deuxième question qu'il faut se poser concerne la dépendance aux jeux vidéos. Dans cet environnement favorable les jeunes sont plus susceptibles de devenir dépendants car souvent seuls face à leur écran, puis s'ils sont seuls à l'école ou dans la vie ils peuvent trouver refuge dans ces jeux en devenant une célébrité "virtuelle" grâce au réseau. Car c'est bien là la clé du succès de ces jeux, ils fonctionnent en réseau et le nombre d'addictifs est en croissance, la Corée du Nord fait d'ailleurs face à une épidémie telle qu'elle interdit l'accès aux réseaux entre minuit et huit heure du matin pour les mineurs (est-ce fonctionnel ?).

La troisième question concerne le contrôle et la surveillance des joueurs en ligne. Qu'il soit Norvégien ou Français, l'addiction se repère par le temps passé sur le réseau. Les sociétés qui réalisent et diffusent ces jeux se doivent de mieux contrôler l'accès à ces jeux. Ne faut-il pas demander des éléments de preuve qui responsabilisent les parents (carte d'identité du joueur, comme cela se fait pour les jeux d'argent en ligne). Ne faut-il pas limiter le temps de jeu en ligne et au moins avertir les services sociaux quand le temps de jeu dépasse les 3 à 4 heures par jour ? 

Pourquoi n'y a t'il pas de débat sur ces questions ? 
Il ne s'agit pas uniquement d'éducation, mais de tendances lourdes de sociétés pour lesquelles des réflexions doivent être menées avant qu'une fois encore ce ne soit l'actualité qui amène le législateur à légiférer.
Trop souvent la question n'est abordée que sous un angle, l'addiction, la banalisation ou l'influence sur les massacres en nombre. Mais rien sur l'éducation les avantages ou inconvénients, la socialisation, les limites du jeu. Tiens voilà peut-être une idée de guide à écrire à l'usage des parents perdus dans la "battle des vidéogames".


Commentaires

  1. Merci pour ce billet qui pose le débat et des questions importantes je trouve

    RépondreSupprimer
  2. c'est de la pornographie institutionnel ça rapporte de l'argent et de pouvoir alors me ressemble que le ministère de l’éducation buche bien ces oreilles et pas seulement...

    RépondreSupprimer
  3. Merci pour ce billet qui pose le débat et des questions importantes je trouve

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont de la responsabilité de leurs auteurs...

Posts les plus consultés de ce blog

Peut-on refuser les calendriers des étrennes ?

Faire de la politique sans étiquette : la République 2.0

Pétition : En 2017 abstenez vous pour ré-inventer la démocratie