Les Anonymous démasqués

Article débuté le 30/01/2012 - mise à jour le 02/02/2012 - article nécessitant de nouvelles mises à jours / précisions.

Suite à mon article, Anonymous : Robins du Web ou CyBen Laden de la Toile ?
qui est un article d'opinion, j'ai souhaité voir de plus près la phraséologie des Anonymes, et comprendre ou essayer de comprendre ce qu'il en ressort réellement. Tout d'abord, j'ai réagit sur l'anonymat de ce "collectif". Leur discours est clair, visiblement, nous ne sommes pas des peuples libres. Et les Anonymes sont des résistants disent-ils. Certains de leurs faits d'armes sont populaires en particulier parce que leurs actions ont touché les scientologues puis les révolutions arabes. Néanmoins, il y a une odeur de souffre inquiétante dans ce mouvement qui est clairement un mouvement politique du moins pour les Anonymous les plus actifs. Ils ne supportent plus en effet de n'être assimilés qu'à des pirates sans foi ni loi, ils veulent comme des héros de notre temps incarner le peuple face à l'oppresseur conspirationniste du capital et des gouvernements...

La grande peur des Anonymes c'est que l'internet ne soit pas libre. Il y aurait dans la collectivité internet une intelligence collective qui amènerait à un équilibre naturel de l'internet et de ses règles. Ainsi les régulations "internet" mises en place par les gouvernements sont des atteintes aux libertés fondamentales de l'internet. Ce premier point est relativement intéressant, en effet, de nombreux ultra-libéraux ont longtemps utilisé la "main invisible des marchés" pour justifier les dérégulations ou l'absence de régulation économique qui nous conduisent aujourd'hui à devoir réfléchir sur le poids des multinationales dans l'économie et leur influence sur la démocratie. Les Anonymes se prennent pour le masque invisible de l'internet, agissant y compris de façon illégale pour défendre leurs conceptions de la liberté. Ce qui est décidé l'est en groupe, mais sans légitimité représentative, cette dernière ne semble pas exister, ce qui existe en revanche se sont des règles pour mener à bien des actions sans violence physique.

Il revient régulièrement dans les débats que c'est un mouvement de résistance contre l'oppression dont est victime le peuple.  La résistance française étant prise souvent comme exemple chez nous, mettons vite là un bémol, un grand résistant a eu la bonne réplique qui est "indignez-vous" et non pas "résistez", surtout à l'époque à laquelle cet opuscule a été écrit et publié, nous sommes, que vous le vouliez ou non, encore en démocratie, démocratie qui nécessite des évolutions dans sa gouvernance, mais les pouvoirs absolus n'ont pas été transférés à un seul homme, la presse est encore libre, et chacun a le droit de s'exprimer sur la toile ou ailleurs, y compris d'ailleurs de façon anonyme. De nombreux pays connaissent l'alternance politique, y compris la France. Le parallèle avec la résistance pour justifier l'anonymat et les actes illégaux ne tient pas, Sarkozy n'est pas Pétain, et la France n'est pas envahie, ni les USA, ni l'Allemagne. Cela apporte un côté fun d'avoir un ennemi qui se nomme le "grand capital", cela permet de créer une communauté contre un ennemi commun, de se sentir un héros, un samouraï qui doit suivre les règles du bon "Anonyme", c'est cependant politiquement faux. La réalité est plus complexeet nous verrons que les Anonymous n'y échappent pas.

Les Anonymes sont par ailleurs une multinationale, ou une internationale, s'exprimant en anglais principalement, et utilisant les volontaires pour traduire les messages, ils agissent ainsi comme les grands groupes qu'ils combattent pour le profit de leur internet dérégulé.

On pourrait être tenté de comparer les Anonymes en quelque sorte à un Wikipedia de la politique, à la différence que chaque intervenant est identifié sur la plateforme, c'est le principe même de l'information il faut pouvoir citer ses sources (sauf si la source est anonyme) et être crédible. Cela n'empêche pas les erreurs et approximations. Et pour les Anonymous l'internet libre ne réside pas seulement dans la liberté d'expression mais dans un internet dérégulé, l'épisode Megaupload montre bien que ce qui compte c'est le téléchargement libre (entendez libre de droits) et que savoir si le dirigeant de cette entreprise s'enrichit illégalement ou pas n'est même pas une question secondaire, cela n'a pas d'importance. Kim DotCom, le fondateur de ce site se moquait allègrement de ce combat de l'internet libre, c'était un bon business pour lui voilà tout (voir le reportage de France2) et il en vivait chichement, se moquant des riches et des pauvres, son surnom en hommage au cher leader décédé Nord Coréen.

Mais revenons à la phraséologie et au slogan, principales sources de leur marketing : 

We are anonymous, donc ici le sens du collectif, pas de chef, pas de visage, le mouvement se pose en mouvement anarchiste, hasard ou pas on retrouve le A, symbole du mouvement anarchiste, on retrouve l'idée développée sous la slogan anarchiste "ni dieu, ni maître", repris sous la règle numéro 2 (le lien vers ces règles est sans doute celui-ci mais le site étant non accessible http://anonnews.org/?p=press&a=item&i=191 je ne peux le jurer) : "la liberté c'est tout ou rien", bref l'absolutisme comme idéal qui a conduit de nombreux mouvements, à commettre l'irréparable par le biais d'actions terroristes. La règle numéro 1 elle aussi montre clairement l'origine anarchiste du mouvement, "La liberté d'expression est le plus fondamental de tes droits fondamentaux. Si tu la perds, tu n'auras plus les moyens de te plaindre, le jour où les politiciens reviendront détruire ta richesse, ta santé, ton âme, tes idéaux, tes espoirs, tes projets, ta vie entière. La liberté d'expression est la liberté qui protège toutes les libertés." On le voit là nettement, le politicien est un ennemi. Le discours est d'autant plus inquiétant que l'individu est respecté mais qu'il peut être la cible d'une action en tant que symbole ou représentation de l'ennemi, discours que le retrouve dans la justification du terrorisme chez les Salafistes. 

We are Legion, nous sommes légions, nous sommes innombrables, nous sommes un, nous sommes toi. Là ça fait mal à l'individualité. Cette terminologie est essentielle. Il est vrai que la toile permet de se constituer en groupe facilement et de générer des réactions rapides et organisées en nombre pour réagir contre des projets de loi ou des comportements non respectables, il s'agit de la contre-démocratie classique qui permet parfois de mobiliser contre le pouvoir. Néanmoins les appels à la manifestation de samedi ont fait un flop, les légions rassemblaient deux équipes de football au mieux dans chaque ville (cf. photos), dans certaines c'était  semble-t-il une équipe de basket. Le mouvement regroupe en fait quelques activistes et des sympathisants au coup par coup, et comme dans les milieux anarchistes sans doute des intellos, des petits bourgeois en manque d'aventures et des libertaires en manque d'organisation collective. Bon ils sont anonymes alors...

We don't forgive, nous ne pardonnons pas. Je l'avoue je me creuse la tête et je ne comprends pas tellement ce slogan. En effet les Anonymes se veulent pacifistes. Ils sont d'ailleurs forts précautionneux et demandent aux militants d'avoir un comportement exemplaire, de ne pas violer les lois lors des manifestations, mais de filmer au cas où un incident permettrait de faire de l'audience pour le mouvement. On dirait presque du  Gandhi. Mais je vous pardonne, la loi du talion est une loi facile qui répond à l'instinct naturel, mais qui entraîne la surenchère perpétuelle. Le pardon dans la société est indispensable, sinon les allemands et les français seraient encore à se faire la guerre. Pour un mouvement pacifiste maintenir ce slogan va à l'encontre même des principes pacifistes. Car c'est un pacifisme de façade, les Anonymes sont en guerre. Ils se prennent pour un gouvernement, utilisent le .gov comme l'état américain. Ils utilisent internet et s'attaquent aux sites sensibles des gouvernements y compris les gouvernements élus démocratiquement. Le discours est guerrier, nous sommes légions n'est pas utilisé innocemment, il s'agit bien du terme guerrier des légions qui avancent et bousculent tout sur leur passage. Il n'y a pas de débat avec les opposants car ils l'ont dit en préambule la liberté c'est tout ou rien. D'ailleurs c'est bien la loi du talion qu'ils appliquent après l'arrestation d'un des leurs en publiant les téléphones de policiers sur la toile. Ils se foutent des gens, ce ne sont que des policiers. Ce qui compte c'est le collectif, c'est la vendetta.

We don't forget, nous n'oublions pas, enfin quelque chose de sensé, je n'oublie pas non plus, et il serait temps de retourner à l'histoire des mouvements de ce type pour se rendre compte qu'il y a toujours des dérives. Je n'oublie pas non plus que certains combats peuvent s'avérer justes, mais ils ne peuvent se faire dans l'illégalité. je n'oublie pas que la liberté nécessite des règles que ce soit dans l'expression (les propos racistes, xénophobes sont condamnables par exemple) ou simplement dans le commerce et l'économie (l'absence de règles internationales fait le jeu des multinationales par exemple aux dépends des petites entreprises et de la concurrence libre). Si nous prenons le marché de la musique, les majors se retrouvent en position dominante et profitent de leur situation. Si les marchés étaient mieux régulés les positions dominantes ne devraient pas voir le jour. 

Expect us : redoutez-nous ! Je le crains évidemment, un mouvement qui se montre menaçant ne peut être démocratique. Et il est menaçant car il recherche la pureté de la liberté d'expression, pureté qui n'existe pas car c'est une théorie, un dogme qui conduira comme les autres dogmes à justifier l'injustifiable. Ah si j'oubliais pour réclamer le justice avec le masque de la vendetta... Néanmoins les Anonymous doivent eux aussi faire avec le principe de réalité et faire preuve de pragmatisme, leurs positions face aux cartels mexicains les a obligé à renoncer à publier les informations qu'ils voulaient diffuser. Comme quoi face aux menaces de morts il est plus facile de résister contre une démocratie que contre des groupes armés.

A vous de voir ce que vous en pensez (c'est rodé en tout cas) - j'ai même trouvé le chiffre de 15400 35.000 Anonymous dans le monde... :
http://www.anonnews.org/
http://wearelegionthedocumentary.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Fawkes
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anonymous_(collectif)
http://www.anonymes-france.eu/

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