In faece veritas : la Démocratie peut elle surmonter la crise

La crise n'a certainement pas atteint, encore, son paroxysme. Et il est difficile de prévoir, de prédire, de décrire le chemin que nous devrons suivre pour en sortir, ni même d'avoir une vision du monde d'après.

La Grèce manifeste et souffre d'avoir trop fait la cigale. Son premier ministre a entendu, un peu tard, qu'il fallait demander à son peuple de se prononcer sur l'austérité, lui qui avait été élu pour un autre programme. Posé ainsi le problème est simplissime, d'un côté le droit des peuples à disposer d'eux mêmes, de l'autre la loi des marchés qui impose de maigrir pour un jour pouvoir, peut-être, mieux grandir.

Et au milieu, le vrai problème. Celui de la démocratie.

Je ne suis pas un expert en origine de la démocratie, mais chacun aura fait le parallèle entre Athènes du 6ème siècle avant JC et l'Athènes du 21ème siècle. D'autant que l'une des premières réformes qui conduisit à la démocratie Athénienne naît à cause d'une crise de la dette, celle de la dette d'esclavage, ou plutôt l'interdiction faite de transformer la dette des paysans en servitude. Cela résonne bien face au FMI et à l'Europe qui "imposent" l'austérité. Première conséquence qui en amènera d'autres.

La démocratie est complexe, mais bien moins que le monde dans lequel nous vivons, ce qui rend la démocratie par comparaison très simple, voir simpliste si l'on considère les enjeux auxquels les gouvernements doivent faire face.
D'une part, avant d’accéder au gouvernement il faut se faire élire, faire campagne et dit-on promettre. En France les campagnes présidentielles, tout comme aux USA doivent raconter une histoire. Le candidat compose, avec ses différentes facettes, un personnage qui partage avec le pays (les électeurs) des valeurs, des traditions positives (l'école républicaine, le travail, la ruralité, l'intégration...) et ce personnage incarne un futur qui fédère. Le programme est réalisé entre 12 et 6 mois avant la campagne pour les grandes lignes sur la base de prévisions économiques toujours optimistes, sinon à quoi bon vendre son programme si c'est pour proposer une cure d'amaigrissement. Et évidemment, cela fonctionne. Il faut réunir 50% + 1 voix pour gagner et la victoire est totale. Les vaincus, même s'ils représentent une forte minorité n'ont plus que la protestation pour agir. Résultat les démocraties sont de plus en plus fragmentées et de moins en moins unies et demeurent pour la plupart dans des systèmes binaires ou bi-polaires alors que le monde même est multipolaire.
La fracture est donc forte entre les électeurs et la classe politique. Les promesses ne sont pas tenues alors les politiciens sont des menteurs, elles sont tenues malgré tout, alors les politiciens sont des inconscients et des incapables. Car toute élection impérative est nulle. Et donc la communication politique a pris le pas sur le fond. D'où l'indispensable recours aux affaires plus ou moins avérées pour salir l'autre.

Le pire n'est pas là. Le pire se trouve d'une part dans la construction européenne et d'autre part dans le capitalisme financier.

La défaillance démocratique des "Europes"
Concernant la construction européenne, si nous revenons à la crise grecque, nous le voyons nettement deux "démocraties" s'affrontent.
D'un côté la démocratie européenne qui repose pour grande partie sur des intergouvernementales (tous issus de votes démocratiques) et d'une représentation parlementaire se retrouve avec la gestion d'une monnaie sans intégration / harmonisation économique et fiscale. Les chefs de gouvernements aboutissent à un accord malgré tout avec la Grèce pour sauver la situation financière de la Grèce qui sinon file directement au défaut de paiement. Accord passé entre gouvernements élus démocratiquement. Mais le premier ministre grec qui a signé l'accord change la règle du jeu et soumet la décision à son peuple, un peu tard, mais il le peut, arguant sans doute que le peuple à son mot à dire sur la couleur de la pilule à avaler.
Et seulement de la couleur puisque la situation financière de la Grèce est dans l'impasse. Aide européenne et austérité ou défaut de paiement et sortie de l'Euro et conséquences inconnues pour les grecs mais très certainement un appauvrissement général, les plus riches seulement s'en sortiront à court-terme, le chaos certainement car s'en suivra une crise politique majeure.
Toujours de la démocratie européenne, l'Euro, un choix positif, se transforme en boulet par manque d'intégration démocratique. Chaque pays poursuit sa politique, et l'Allemagne se refuse à voir la Banque Centrale Européenne émettre de la monnaie, alors même que c'est l'alternative et pour les grecs et pour les européens. Mais de cette question les européens, du moins ceux de la zone Euro, ne sont pas consultés, ce sont les gouvernements et leurs poids économiques ou diplomatiques qui décident, pas la majorité parlementaire, ni même la majorité des gouvernements européens. Et pour cause le parlement européen abrite 27 nationalités, l'Euro 17.

Le capitalisme financier veut de la stabilité
L'autre grande menace réside dans le capitalisme financier. Ce n'est pas la peine de revenir sur les déconnections entre l'économie réelle et les produits financiers spéculatifs. Ce qui est essentiel c'es la forme de ce capitalisme qui s'affranchit (certes ce n'est pas nouveau non plus) de la forme gouvernementale. Dictature, populaire ou non, démocratie, peu importe. L'essentiel c'est de pouvoir faire du business dans un cadre relativement stable d'un point de vue législatif et financier. L'argent ne fait pas de politique mais il fait parfois la politique. Ainsi, la Grèce avec ses mensonges sur ses comptes publics est fortement sanctionnée, la spéculation joue la Grèce sortie de l'Euro.
Le capitalisme chinois se porte bien, de même que le pétro-capitalisme, même si le printemps arabe commence à rebattre les cartes, la faute à la corruption. La Chine basculera-t-elle dans la démocratie ? Nous pouvons l'espérer, cela serait une bonne nouvelle pour le monde à condition qu'elle ne soit pas dirigée comme en Russie par une oligarchie.
Les investisseurs quel-qu’ils soient n'aiment pas les risques. La corruption, les taxes, les barrières douanières ou administratives, les arrangements tant que cela est "codifié" sont plus ou moins acceptés. Ce qui ne l'est pas c'est la confiscation, le risque de révolte, les émeutes, bref l'instabilité. Tout le reste à un prix.

In faece veritas : c'est dans la lie que l'on découvre la vérité
On peut donc raisonnablement penser que nous sommes réellement dans la m...., en effet les grecs y sont jusqu'au cou : incertitudes maximales, manifestations, appauvrissement. A chaque nouvelle les bourses dévissent ou au contraire s'enflamment. Les grecs et les européens vont traverser cette zone d'incertitude. Le référendum grec marquera à coup sûr le futur de l'Europe. Le pire n'est jamais souhaitable, et heureusement le pire n'est jamais certain. Mais l'entre deux guerre avait déjà amené la crise, la montée des extrêmes, puis la transformation de démocraties en dictatures, car les démocraties avaient échoué à résoudre la crise allemande. Les nations s'étaient repliées. Vous connaissez la suite.

C'est bien souvent dans les conditions les plus difficiles que l'on découvre le vrai visage des hommes et des femmes, quand l'argent manque la solidarité s'étiole et que les écarts entre riches et pauvres s'agrandissent. C'est à ce moment là que la notion de nation doit avoir toute sa valeur, dans la solidarité et le partage, c'est bien quand le peuple est dans la lie que nous voyons si la démocratie est suffisamment forte pour accepter les sacrifices nécessaires aux désendettement. Les Grecs sont face au mur de l'histoire européenne et leur choix et ce qui s'en suivra aura des conséquences sur la France et l'Europe. Ils ont élu leurs gouvernements, ils ont faits des choix. Leur situation financière, tout comme la notre, n'est pas le fait d'une caste, il est le fait d'une inconscience collective. Cette inconscience peut se poursuivre ou s'arrêter. Ce sont bien les peuples qui en décideront. Jusqu'au jour où cette inconscience sera trop lourde de conséquence. Et que les peuples ne pourront plus décider pour eux mêmes car ils n'en auront plus les moyens, c'est cela la vérité aujourd'hui et elle n'est pas agréable à entendre. 

Une entreprise dans la situation de la Grèce est en redressement judiciaire, elle bénéficie d'un moratoire sur une partie de sa dette et a l'entière responsabilité de ses actes. Un nouveau défaut l'amènera à la liquidation judiciaire, sauf que pour un pays cela n'existe pas. Mais les conséquences sont identiques pour les créanciers, sauf que les Grecs, remettront en place une banque centrale et créeront de la monnaie, devront gérer de l'inflation à deux chiffres, du chômage de masse, mais ils ne pourront toujours pas emprunter sans garantie, leur balance commerciale sera déficitaire encore un peu plus avec un taux de change inconnu, les riches euro-millionnaires seront dans la zone euro et plus en Grèce, les grecs auront tout perdu :  bref, le bonheur de la liberté. Mais à ce moment là il sera trop tard pour comprendre la vérité. A moins que d'ici là...

Nota sur le yoyo des bourses : La bourse, un indicateur avancé ?
Question idiote, bien sûr la bourse anticipe les évolutions économiques, elles dévissent et la crise arrive. Sauf que depuis 6 mois la bourse dévisse régulièrement mais en fait elle a fini de baisser. Sur le CAC 40, la bourse n'est pas repassée sous les 2700 points depuis cet été, ni depuis 2009 d'ailleurs (au plus bas en mars 2009 sous les 2600 points), les mouvements boursiers sont simplement des réactions à chaud sur les cours des banques essentiellement. Il faut donc s'interdire de suivre le cours des bourses au jour le jour et se donner comme seule consigne valable de se mettre une alerte quand les indices atteignent leur seuil plancher.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Peut-on refuser les calendriers des étrennes ?

Faire de la politique sans étiquette : la République 2.0

Pétition : En 2017 abstenez vous pour ré-inventer la démocratie